Au sommet

J’attendrais environ 45 minutes que le soleil se lève. Beaucoup de monde se presse dans tous les coins, les marches sont remplies de personnes assises et debout. Je ne sens plus mes jambes et je suis incapable de bouger de mon escalier. Derrière moi, il y a le temple. Il faut enlever ses chaussures pour y aller. J’aimerais tellement pouvoir y entrer mais je suis dans l’incapacité totale de bouger, à la fois parce que mes jambes ne me portent plus et parce qu’il y a tellement de monde qu’il est difficile de bouger.  Je décide de rester à ma place. La température est très douce, je suis habillée beaucoup trop chaudement.

 

Soudain, on entend un grand « ah » venant de la foule. Un bout de soleil rouge apparaît, c’est magique ! J’ai rarement vécu un tel moment de communion, à la fois avec la nature et avec les gens autour de moi. Les flashs crépitent et peu à peu, le soleil monte dans le ciel. C’est vraiment trop beau et émouvant tout à la fois.  Les couleurs vont du rose au lilas, c’est absolument extraordinaire et cela vaut tous les efforts faits pour arriver en haut de la montagne.

 

Toutes les personnes regardent en direction du soleil. Dans l’ensemble, il règne un grand silence. L’atmosphère est mystique et émouvante. J’ai une boule dans la gorge devant tant de beauté. Quand le soleil commence à percer les nuages, on entend de la musique et les fidèles chantent des prières bouddhistes. Des hommes habillés en blanc apportent des offrandes au temple situé derrière moi. Des bâtons d’encens sont allumés, les Cinghalais se rassemblent autour du temple, déposent des fleurs, s’assoient sur le sol et prient. J’en ai presque la chair de poule..

Peu à peu, les nuages disparaissent et le soleil est levé. Cela se passe très vite. J’ai du mal à me décider de partir de cet endroit fantastique. Je m’imprègne encore de cette atmosphère si particulière. Je redoute le retour mais, au bout d’un moment, comme des centaines de personnes  en même temps que moi, je décide de redescendre.

La descente

Les marches au sommet de la montagne

Les marches sur le parcours

Je commence à descendre les marches vers 7.30 heures. Heureusement que je peux me tenir ici et là. Je descends tant bien que mal pendant 1h30. Mes jambes tremblent, j’ai mal aux mollets. C’est affreux, je n’y arriverais jamais ! Je trouve que la descente est pire que la montée, surtout que maintenant, le soleil brille et qu’il commence à faire très chaud. Alors que beaucoup de personnes descendent, beaucoup d’autres montent encore vers le sommet. Avec la chaleur, cela doit être encore plus pénible.

Et puis, un moment, je suis tombée. Impossible de me relever. Heureusement, un jeune colosse russe qui passait par là m’a aidée à me remettre sur pieds. J’avais les mains égratignées, je tremblais. J’ai surtout eu peur pour ma hanche. Cela fait seulement un peu plus d’un an que j’ai cette prothèse.

Rencontre avec une famille cinghalaise

Et c’est là que j’ai vécu une histoire pleine d’humanité qui m’a vraiment bouleversée. Après m’être relevée, alors que j’essayais (doucement) de descendre les marches, j’ai remarqué qu’un vieux monsieur cinghalais (qui m’avait vue tomber) me surveillait du coin de l’œil tout en descendant lui-même les marches.  Il effectuait cette visite avec sa femme, sa fille et leur petit-fils âgé de 16 ans. Au bout d’un moment, ils se sont arrêtés sur un escalier pour se reposer. Une fois arrivée à leur hauteur, j’ai craqué et je me suis assise près d’eux. Tout de suite, la femme m’a proposé de l’eau et des biscuits. Je n’en pouvais plus, je me voyais rester dans cet endroit indéfiniment, vu que mes jambes ne me portaient plus.

Alors, toute cette famille super gentille m’a prise en charge. Le vieux monsieur a porté mon sac à dos jusqu’à la sortie (pendant 2h30). Le petit-fils a constamment marché près de moi et m’aidait quand il voyait que mon corps tanguait ou que je partais tout simplement en arrière. C’était vraiment une impression très étrange, celle de ne pas pouvoir maîtriser ses jambes. Cela ne m’était jamais arrivé auparavant.

Toujours est-il que je n’en revenais pas d’avoir monté tant de marches car la descente n’en finissait plus non plus. Finalement, entre les diverses pauses, nous mettrons 4 heures pour arriver en bas. 4 heures pour monter et 4 heures pour descendre. Un temps infini mais au moins, grâce à la gentillesse de cette famille, j’y suis arrivée !

A mi-chemin, nous nous sommes arrêtés dans une échoppe où l’on nous a offert un thé au gingembre. Comme c’était bon ! Le propriétaire de l’endroit nous a raconté que toutes les nuits, il grimpait les marches pour aller à son échoppe. L’écouter m’a aidée à relativiser mes douleurs. Bravo, Monsieur !  La beauté de la nature nous apparaît dans toute sa splendeur lors de cette descente, les arbres, les fleurs, les montagnes, les falaises, les ravins … et bien sûr, tous les drapeaux bouddhistes.

Tout en bas, nous avons croisé des hommes qui portaient des sacs énormes contenant de la marchandise pour les diverses échoppes situées le long du chemin. Comment font-ils ?

Enfin, enfin, nous arrivons près de la pagode de la paix et de la porte blanche, entrée officielle d’Adam’s Peak.

Le vieux monsieur cinghalais et son petit-fils sont venus m’accompagner jusqu’à la voiture de mon chauffeur qui, je l’apprendrais par le manager de l‘hôtel, se faisait un sang d’encre en ne me voyant pas revenir ! Je leur ai dit au revoir après les avoir vivement et sincèrement remerciés. Ils n’ont rien voulu accepter de ma part, ce que j’ai beaucoup regretté. Mais quelle belle rencontre et quelle belle leçon d’humanité !

En conclusion

Encore 45 minutes de route avec le chauffeur et je suis arrivée à mon hôtel, fatiguée, en nage, ayant mal partout. Après une bonne douche, un massage des jambes et cuisses avec de l’huile d’arnica à laquelle j’avais ajouté 2 gouttes d’huile essentielle de gauthérie, j’ai mangé un bon repas et je suis restée allongée tout l’après-midi, trop fatiguée pour dormir.

Le lendemain, j’ai pris la route en direction d’Ahungallah. J’avais encore un peu mal aux cuisses mais, à mon grand étonnement, mes courbatures ne dureront que 2 jours seulement !

Mais je suis tellement contente d’avoir eu l’occasion de grimper tout en haut de l‘Adam’s Peak et d’avoir pu voir ce magnifique lever de soleil ! Une expérience humaine et physique inoubliables, un challenge dont je suis très fière, même si je n’ai pas battu de record de vitesse.  Mon seul regret est vraiment de n’avoir pas pu assister aux cérémonies du temple lorsque j’étais tout en haut de la montagne.

Depuis cette ascension, je réfléchis au prochain défi que je vais me lancer …..